Le phare asséché


Il se dresse, majestueux, au milieu des ronces. Pas de doute, il nous appelle en silence. Abandonné depuis tant d’années, sa porte est bloquée par au moins 30 cm de terre. Qu’à cela ne tienne, la grille de l’entrée, déjà pliée, nous laisse juste assez d’espace pour nous glisser dans l’ouverture. 

Fascinant ! Si nous n’avions pas le vertige (et avec un brin d’intrépidité), nous aurions tenté l’ascension des échelles pour nous hisser au sommet, juste sous le réservoir. Mais c’est bien les pieds sur la terre ferme que nous visiterons ce château d’eau.

Les abattoirs de la nausée


Il est des lieux parfois un peu décriés, parce que trop visités, trop dégradés… Peu importe, notre expérience nous ayant appris à faire fi des a priori, nous décidons de partir en exploration sur un spot ultra connu : les abattoirs de la nausée. Autrefois animée par le commerce de la viande de porc, l’usine est à l’abandon depuis la fin des années 80. Nous le savons d’emblée : nous ne serons pas les premières.

Facile à localiser et enfantin d’accès, nous découvrons l’édifice principal depuis la route. Des panneaux nous dissuadent de pénétrer les lieux, nous voilà donc averties mais ravies que la municipalité ait préféré les signalisations plutôt que les barbelés. Une fois sur le parvis, l’imposante usine éviscérée nous glace le sang. Il fait chaud, il fait silence, il fait glauque. Tout est cassé, ravagé, taggué. Le sol, est jonché de trous (tous les bâtiments sont édifiés sur un vide sanitaire plus ou moins profond ?) et même si le spectacle de cette usine vide nous fascine, mieux vaut regarder où nous posons les pieds. Etrange d’imaginer que nous sommes en train de fouler le sol d’un ancien abattoir. Difficile de reconstituer quelle pièce à servi à quoi. 

A l’arrière, un interminable bâtiment allongé nous séduit. Les alignements des boxes à cochons, des couloirs, des rails et des toitures en déconfiture dégoulinant de lierre touchent à la perfection graphique. Rien d’extra ordinaire parmi les tags cependant (alors qu’on s’attendait à un peu plus de qualité).

De retour sur le parvis, nous nous attaquons au bâtiment de gauche. Une fosse nous intrigue : est ce  là qu’avaient lieu les exécutions de porcs ? Un peu plus loin, des sanitaires, un vestiaires ? Puis un escalier nous mène à quelques pièces entièrement recouvertes de tags. Tiens, un pentacle et des bougies, au sol, certains sont venus tester le spiritisme ici…

Nous sortons de la zone des abattoirs, et empruntons un chemin très fraîchement foulé dans les herbes hautes. Allons nous croiser d’autres urbexeurs ? C’est d’abord probablement l’ancienne ferme que nous visitons. Malgré son piteux état, un reste de cheminée et quelques faiences au murs nous indiquent la localisation de la cuisine. Dans la grange, à la charpente étonnamment très bien conservée, plus rien.

La bâtisse à gauche nous fait penser à un internat : des chambres avec un point d’eau, des sanitaires collectifs. Certains ouvriers vivaient-ils ici ?
Comme après chaque exploration, nous ressortons les cartes mémoires chargées de pixels et les cerveaux retournés avec plus de questions que de réponses…

Bilan : très chouette explo, qui gagnerait à être faite de nuit pour une ambiance encore plus glauque…

Le garage aux yeux rouges

Nous l’avions repéré depuis la  route. Google earth nous l’avait confirmé : c’est un immense garage à l’abandon. Sur les barrières, des panneaux nous informent d’un arrêté préfectoral  ayant mis fin à l’activité du lieu il y a 6 mois. De l’extérieur, tout semble figé depuis, des les voitures intactes dans la cour, jusqu’à l’immense porche ouvert d’où on s’attend à entendre des bruits de moteur. Devant le portail, une voiture garée nous intrigue. D’une part par le simple fait qu’elle soit garée là, et surtout parce que ses plaques d’immatriculation sont différentes à l’avant et à l’arrière. Nous nous attendons à trouver quelques pilleurs ou ferrailleurs sur notre spot… mais il en faut plus pour nous décourager. Nous entrons donc, facilement, sautant une première barrière puis enjambant un grillage.




Un premier vaste hangar, aux forts relents d’essence, ne contient plus rien, ou du moins plus grand-chose. Devant, des voiture, encore en bon état, semblent attendre leur tour pour être réparées. Certaines sont visiblement accidentées, d’autres semblent encore rutilantes. Un robinet goutte abondamment, depuis au moins 6 mois donc ?


Nous poursuivons notre visite vers le second hangar, le plus vaste, de plusieurs étages, abritant de nombreuses voitures, des pièces dans tous les sens, des engins de chantier, un vieux bus…  Magistral spot. La visite s’annonce longue et riche en détails.



Jusqu’au moment où nous entendons une voix… Un homme aux yeux rouges surgit des hauteurs du garage, nous demandant qui nous sommes et menaçant d’appeler la police. Parvenant vaguement à l’amadouer en expliquant notre démarche, il est possible que nous en ayons trop fait. Lorsque nous lui avouons à quel point les lieux à l’abandon offrent une esthétique qui nous fait kiffer, nous manquons d’assister à une sortie d’orbite de ses globes oculaires. Lui, propriétaire désespéré d’un garage désaffecté, ne voit pas ce qu’on peut trouver de beau dans cette déchéance. Et nous conseille de changer de hobby. C’est donc sous son regard hébété que nous faisons marche arrière, passant le grillage puis escaladant la barrière, déçues de n’avoir pas pu terminer notre exploration.

L'hôtel de la faillite




Le repérage et la route pour atteindre un spot font partie intégrante de l'urbex, ils entretiennent l'excitation et modulent malicieusement les montées d'adrénaline.
Mais ce soir, nous jouons à domicile, et nous sommes sur place en quelques minutes. La nuit s'en vient tranquillement, il n'y a aucune clôture pour entrer, enfantin.


Nous pénétrons sur le site d'un hôtel des impôts abandonné depuis une dizaine d'années. Le bâtiment est un genre de gros cube surmonté de lignes à hautes tensions, le tout forme un ensemble très graphique et agréable à photographier.


La façade est taguée, première balafre sur cette construction qui nous offrira pendant une bonne demie-heure l'image édifiante d'un symbole de l'Etat en déliquescence...



Nous nous attardons à peine sur la façade et contournons l'édifice non sans avoir repéré toutes les ouvertures renforcées par des panneaux de bois. Nous devinons que nous ne pourrons sans doute pas pénétrer à l'intérieur. Impression confirmée lorsque nous tombons nez-à-nez avec un SDF qui occupe un porche sur le côté.
Première fois que nous rencontrons quelqu'un lors d'une exploration, après beaucoup d'appréhension et de questionnements. Une brève hésitation, faisons-nous demi-tour ? y a-t-il du danger pour nous ? Je lance finalement un "Bonsoir" franc et ouvert à l'homme qui nous a immédiatement tourné le dos en nous apercevant. Il grogne quelque chose d'incompréhensible, tandis que nous le dépassons pour continuer notre route.
Nous ne risquions rien bien sûr, c'est lui qui assume tous les risques d'une vie en marge, sans doute brisé par quelque accident de la vie, et abandonné là, livré à lui-même sans que quiconque s'émeuve outre mesure de son sort. Et certainement pas l’État.

 La rouille et la végétation envahissante nous plongent dans cette ambiance dérangeante et délicieuse propre aux lieux abandonnés.



Une vitre cassée nous permet étonnamment de rentrer dans une pièce remplie d'armoires métalliques vides; seules quelques feuilles jonchent le sol et une table, témoins jaunissants du travail qui s'accomplissait en ces lieux.



Une autre pièce s'offre ensuite à nous, abritant la chaufferie du bâtiment.





Il est alors temps pour nous de quitter les lieux; cette visite demeurera spéciale car elle a fait s'entre-croiser un SDF qui survit et trois petites bobos qui se divertissent, le passé d'un bâtiment public captant les richesses et un présent qui les répartit si mal à propos; au final le sentiment parfois si grotesque de notre comédie humaine n'aura jamais été si prégnant.

Et les masques n'ont jamais été si appropriés...


Le pays de la toiture


Le lieu nous avait été indiqué par un ami, capture google earth à l’appui… Pas de chance, la maison indiquée était tout sauf abandonnée. Notre ami nous aurait il joué un tour ? A moins que… à quelques centaines de mètres, perdue au milieu des champs, il est là, notre spot du jour. Première étape, garer la voiture. A part des champs et la départementale, aucun emplacement ne nous permet de nous arrêter ailleurs que… pile devant le lieu à visiter. Bon, on l’avoue, pour se faire repérer, on ne pouvait pas faire mieux !


Deuxième étape, l’entrée : le portail est relativement facile à escalader, dommage que la départementale qui passe juste devant soit autant empruntée. Nous ferons donc le tour, en passant par les champs, ronces et orties. L’ensemble est ceint par un mur de près de 2 m, puis par un grillage surmonté de barbelés. Décidées à ne pas déclarer forfait, nous optons pour l’escalade des thuyas pour retomber dans la cour de ce qui semble être un ancien corps de ferme. O joie, nous y sommes.
Joie de courte durée car un camion municipal se gare juste à côté de notre voiture. Se serait on faites repérer ? un homme sort de la fourgonnette et vient vers le portail. Un moment d’adrénaline. Terrées dans les thuyas, nous attendons. Attendons. Attendons. Puis décidons de ressortir, tant pis. Escalade en sens inverse, ronces orties… et le camion s’en va et s’arrête un peu plus loin. OK, donc il n’était pas là pour nous. Nous pouvons enfin entrer.




Commençons par la droite, un bâtiment très abîmé dont il ne reste que les murs et le toit. Au passage, dans le jardin, un lustre en bois semble sorti de nulle part. Pas de nulle part en réalité car nous apprendrons ensuite que ce lieu abritait entre autres une entreprise de restauration de meubles anciens.



Le bâtiment central, bien barricadé, ne nous permet pas d’entrer, à part dans la chaufferie, encore relativement conservée. 




Plus loin, un hangar ouvert rempli de meubles enchevêtrés fait frétiller nos appareils photos. Dehors, un étrange amoncellement de chaise, très photogénique lui aussi, nous ravit.






Le camion revient. Nous décidons de rester, sans nous préoccuper de nos observateurs, qui, en fait, ne nous observaient même pas. La visite se termine par un profond hangar, une ancienne imprimerie aujourd’hui complètement vidée.
Un amusant autocollant retient notre attention et donnera son nom à ce spot.



La sortie se fait comme l’entrée : heureusement que nous ne repasserons plus, les branches des thuyas n’ont pas résisté à toutes nos allées et venues…
Bilan : spot pas extraordinaire mais super aventure !


L’usine aux dauphins


Nous avions repéré cette usine, de fabrication de pièces automobiles, depuis un moment. Quelques recherches sur google nous apprennent qu’elle est bien abandonnée depuis 2010. Très bien ! L’escalade du portail est enfantine et une fois dans le parc, une impression d’immensité nous saisit. Nous ne pourrons pas tout visiter cette fois. De l’entrée, impossible de compter tous les bâtiments. Le parc semble néanmoins relativement entretenu et n’a pas 10 de jachère derrière lui… mais c’est dimanche, aucun bruit, aucune mention ni de gardiennage, ni d’alarme ne nous indique de nous méfier, aussi, nous décidons de commencer par le bâtiment de gauche. Facile, des vitres ont été brisées et c’est par là que nous rentrerons. 




L’intérieur, glauque à souhait, montre un alignement de bureaux vides le long d’un couloir surmonté d’une verrière. La plupart des vitres brisées laissent entrer la végétation, créant des effets graphiques somptueux. 






Un coffre fort fermé, bien sûr, nous fait la nique. Puis nous pénétrons dans l’ex accueil, duquel tout a été vidé également. 




En continuant, d’autres bureaux, probablement ceux de la direction (plus spacieux, munis de placards…), un organigramme de 2006 encore scotché au mur, un autre grand bureau avec un micro ondes et un poster de dauphins ultra kitch qui dénote dans cet environnement (rappelons que nous sommes dans une usine de pièces automobiles). Le silence est total. 





En ressortant, nous sommes surprises par des cris d’animaux inconnus (de nous en tous cas) d’abord confondus avec une alarme. Il nous fallait bien un peu d’adrénaline pour conclure.
Quand nous réalisons que nous avons passé près d’1 heure dans un seul bâtiment, nous décidons de programmer la suite de la visite un jour prochain. A suivre donc…


- Le pavillon du boucher -

Notre première exploration fut riche en émotions et en sensations.
Après avoir poussé la grille entr'ouverte, nous descendons un escalier glissant en nous faufilant entre les branches des arbres qui prennent leurs aises depuis bien des années.
Arrivées par l'arrière de la maison, il nous suffit de tirer un volet, et nous pénétrons par la fenêtre, dans un grand salon à peu près vide, en passant devant une cuisine dévastée et une table recouverte d'objets quelconques.
Contrastant avec ce vaste salon dégagé, une pièce attenante est encombrée d'une multitude d'objets divers, comme entreposés; étrangement ils ne sont pas poussiéreux.


Un recueil de poésies de Gérard de Nerval trône là, il nous nargue et nous intrigue, difficile de penser qu'il a été mis là par hasard...


Après avoir visité des toilettes ravagées et une salle de bain pleine de bouteilles en plastique vides, nous empruntons un bel escalier de marbre munie d'une rampe en ferronnerie d'art de toute beauté.





Nous montons vaillamment à l'étage, et découvrons une grande pièce et des combles aménagés. L'une des petites pièces semble avoir été occupée, et nous comprenons peu à peu que cette demeure sert peut-être encore d'abris à quelqu'un...


En examinant attentivement ce petit univers, nous comprenons peu à peu que l'hôte de ces lieux a un esprit pour le moins libre et atypique...


Notre sérénité initiale est bien entamée, nous décidons de faire une photo souvenir en quatrième vitesse avant de vider les lieux.


En repartant, nous repassons devant cette table encombrée croisée à notre irruption dans la pièce principale. Et là, ceci nous saute alors aux yeux.