L'hôtel de la faillite
Le repérage et la route pour atteindre un spot font partie intégrante de l'urbex, ils entretiennent l'excitation et modulent malicieusement les montées d'adrénaline.
Mais ce soir, nous jouons à domicile, et nous sommes sur place en quelques minutes. La nuit s'en vient tranquillement, il n'y a aucune clôture pour entrer, enfantin.
Nous pénétrons sur le site d'un hôtel des impôts abandonné depuis une dizaine d'années. Le bâtiment est un genre de gros cube surmonté de lignes à hautes tensions, le tout forme un ensemble très graphique et agréable à photographier.
La façade est taguée, première balafre sur cette construction qui nous offrira pendant une bonne demie-heure l'image édifiante d'un symbole de l'Etat en déliquescence...
Nous nous attardons à peine sur la façade et contournons l'édifice non sans avoir repéré toutes les ouvertures renforcées par des panneaux de bois. Nous devinons que nous ne pourrons sans doute pas pénétrer à l'intérieur. Impression confirmée lorsque nous tombons nez-à-nez avec un SDF qui occupe un porche sur le côté.
Première fois que nous rencontrons quelqu'un lors d'une exploration, après beaucoup d'appréhension et de questionnements. Une brève hésitation, faisons-nous demi-tour ? y a-t-il du danger pour nous ? Je lance finalement un "Bonsoir" franc et ouvert à l'homme qui nous a immédiatement tourné le dos en nous apercevant. Il grogne quelque chose d'incompréhensible, tandis que nous le dépassons pour continuer notre route.
Nous ne risquions rien bien sûr, c'est lui qui assume tous les risques d'une vie en marge, sans doute brisé par quelque accident de la vie, et abandonné là, livré à lui-même sans que quiconque s'émeuve outre mesure de son sort. Et certainement pas l’État.
La rouille et la végétation envahissante nous plongent dans cette ambiance dérangeante et délicieuse propre aux lieux abandonnés.
Une vitre cassée nous permet étonnamment de rentrer dans une pièce remplie d'armoires métalliques vides; seules quelques feuilles jonchent le sol et une table, témoins jaunissants du travail qui s'accomplissait en ces lieux.
Une autre pièce s'offre ensuite à nous, abritant la chaufferie du bâtiment.
Il est alors temps pour nous de quitter les lieux; cette visite demeurera spéciale car elle a fait s'entre-croiser un SDF qui survit et trois petites bobos qui se divertissent, le passé d'un bâtiment public captant les richesses et un présent qui les répartit si mal à propos; au final le sentiment parfois si grotesque de notre comédie humaine n'aura jamais été si prégnant.
Et les masques n'ont jamais été si appropriés...
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)














Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire